La bouche de mon (petit) patient
- Magalie Vicedomini
- 19 juin
- 3 min de lecture
Ouvre grand la bouche !
Pourquoi regarder la bouche de mon patient ?
Quelques secondes seulement, parfois un simple coup d'œil. Ce n'est pas juste vérifier l'existence d'un frein de langue. Cet examen pourra nous apporter une quantité d'informations sur le développement de notre patient, son fonctionnement, ses fonctions oro-faciales, son alimentation, sa respiration et son sommeil.
Parce que certaines anomalies anatomiques ou fonctionnelles peuvent :
expliquer certaines difficultés articulatoires
maintenir des erreurs phonologiques
contribuer à des troubles alimentaires pédiatriques
favoriser une respiration buccale chronique
impacter la croissance maxillo-faciale
être associées à des troubles du sommeil ou des troubles de l'attention
modifier les fonctions de déglutition et de mastication
Qu'est ce que je peux observer ?
Les lèvres : fermeture labiale, hypotonicité, hyperactivité du muscle mentonnier, bavage...
La langue : position de repos, taille apparente, mobilité, élévation, latéralisation, protrusion, restriction du frein lingual...
Le palais : largeur, hauteur, forme ogivale, asymétrie, traces de succion...
Les amygdales et le voile : hypertrophie amygdalienne, voile court ou peu mobile, luette bifide, anomalie de fermeture vélopharyngée...
Les dents et l'occlusion : béance, articulté inversé, usure dentaire, bruxisme...
Ces observations cliniques constituent de précieux indicateurs pour compléter le raisonnement diagnostique. Elles peuvent contribuer au repérage ou à l'identification d'un trouble alimentaire pédiatrique, de troubles myofonctionnels oro-faciaux, d'une dysfonction ventilatoire avec respiration buccale chronique, d'une dysfonction linguale, de troubles du sommeil, d'une fatigue diurne excessive ou encore d'une suspicion d'insuffisance vélopharyngée ou d'une voix hypernasale.
Comment procéder à cet examen ?
En fonction du patient (âge, pathologie, disponibilité...) l'observation peut être statique (bouche ouverte, fermée, posture de repos, respiration spontannée) ou dynamique (sourire, protrusion linguale, élévation et latéralisation linguale, déglutition, mastication, production de certains phonèmes).
A savoir : concernant l'examen clinique oromyofonctionnel, il est recommandé de ne jamais dissocier la structure de la fonction. Une structure apparemment atypique peut être parfaitement compensée, inversement, une anatomie normale peut s'accompagner d'importantes difficultés fonctionnelles.
Qu'est ce que je peux comprendre après cet examen ?
En quelques minutes, l'observation de la bouche peut permettre de formuler des hypothèses concernant :
✓ une respiration buccale chronique
✓ un trouble myofonctionnel oro-facial
✓ un trouble alimentaire pédiatrique
✓ une dysfonction de déglutition
✓ une restriction fonctionnelle linguale
✓ un risque de trouble du sommeil
✓ certaines difficultés articulatoires
✓ des besoins d'orientation vers d'autres professionnels
Cet examen est donc un outil de raisonnement clinique, et non une simple étape descriptive.
Vers qui ré-orienter ?
👃 ORL : respiration buccale, ronflements, hypertrophie amygdalienne, suspicion d'obstruction nasale.
😁 Chirurgien-dentiste ou orthodontiste : béance, malocclusion, palais étroit, usures dentaires.
👩⚕️ Médecin du sommeil / pédiatre : ronflements, pauses respiratoires, sommeil non réparateur.
Pour aller plus loin :
Voici quelques références bibliographiques récentes sur le sujet :
Merkel-Walsh R. (2020). Orofacial Myofunctional Therapy with Children Ages 0–4 and Individuals with Special Needs. International Journal of Orofacial Myology and Myofunctional Therapy.
Les TMOF apparaissent très tôt: les dysfonctions oro-faciales ne débutent pas à l'âge scolaire. Elles peuvent être observées dès les premiers mois de vie (difficultés alimentaires, respiration buccale, succion non nutritive prolongée, position basse de la langue, défaut de fermeture labiale). Ces éléments peuvent influencer la croissance cranio-faciale, l'alimentation et le développement du langage. Ainsi, le bilan doit être global, il est recommandé d'évaluer : l'anatomie oro-faciale, les fonctions alimentaires, la respiration, le sommeil, les habitudes orales, les facteurs sensoriels, la parole et le langage.
Shortland HL, Hewat S, Vertigan A, Webb G. (2021). Orofacial Myofunctional Therapy and Myofunctional Devices Used in Speech Pathology Treatment: A Systematic Quantitative Review of the Literature. American Journal of Speech-Language Pathology.
C'est une étude qui évalue le niveau de preuve scientifique concernant la thérapie myofonctionnelle oro-faciale et les dispositifs myofonctionnels. 28 études analysées avec comme domaines étudiés : déglutition, respiration, parole, hygiène orale, habitudes orales. La plupart des études rapportent une amélioration des fonctions oro-faciales, de la respiration, de la déglutition, de certaines aspects de la parole, des habitudes orales mais le niveau de preuve est encore faible.
American Speech-Language-Hearing Association (ASHA). Orofacial Myofunctional Disorders – Practice Portal. Mise à jour récente de la synthèse des connaissances cliniques.
Article qui présente la définition des TMOF : les troubles myofonctionnels oro-faciaux sont des altérations de la posture, du tonus, des fonctions musculaires oro-faciales. Ils peuvent avoir un impact sur : la respiration, la déglutition, la mastication, la parole, la croissance faciale. Les signes d'alerte recommandés à rechercher sont :
au repos : lèvres ouvertes, langue basse, respiration buccale
pendant les fonctions : déglutition atypique, mastication inefficace, mouvements compensatoires, difficultés articulatoires.
Plusieurs facteurs peuvent être associés : ronflements, troubles du sommeil, malocclusions, habitude de succion.
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